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La barbarie douce
dimanche 6 décembre 2009
par SUD Education Réunion
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L’autoritarisme de grand-papa n’est plus ce qu’il était. A mesure que l’autonomie des EPLE et des universités s’affirme, on voit se développer une nouvelle façon de « manager » les établissements. Cette « idéologie managériale » s’appuie sur une rhétorique inédite et déstabilisante pour les personnels de l’Education nationale jusque là relativement protégés. Elle s’accompagne d’une dégradation des rapports humains et accroît la souffrance au travail. Elle a la prétention d’être plus performante ; elle s’apparente pourtant à ce que le sociologue Jean-Pierre Le Goff nomme la « Barbarie douce ».

La « Barbarie douce » en appelle à une sorte de révolution permanente, impliquant un bouleversement incessant de nos façons de vivre, d’agir et de penser. Dans leur vie personnelle et professionnelle, les enseignants se trouvent constamment incités à faire preuve d’« autonomie » et de « responsabilité », ils se doivent d’être « motivés », « réactifs », « participatifs ». Leur « motivation » et leur « savoir-être » qui relevaient antérieurement de leur vie privée ou de leurs libres activités sociales se trouvent eux aussi soumis à évaluation et « mobilisation ». Le thème de l’autonomie est mis en avant dans une optique sacrificielle visant l’acceptation de l’intensification du travail et l’intériorisation de nouvelles normes. On mettra tout en œuvre pour recueillir une parole qui soit le signe de l’assentiment de l’enseignant. Le discours sur l’« autodiscipline », et les sortes d’« autocritiques » (Oups ! « Evaluation formative » ndlr) qu’on peut demander marquent cette recherche d’une synthèse. Chaque prof est invité à être l’« acteur de son propre changement », portant sur ses épaules le poids d’une responsabilité étrange et difficile à assumer.

Peut-on se révolter contre l’ « autonomie », contre la « transparence » et la « convivialité », valeurs de plus en plus développées dans les projets d’établissements et dans les discours des « responsables » de tous poils ? Que faire face à des pouvoirs et à des institutions qui ne cessent de dire et de répéter qu’ils ne sont là que pour prendre acte et pour répondre au mieux à la « demande sociale » et aux « besoins » des individus ?

Le syndicalisme enseignant rencontre les pires difficultés pour combattre le caractère insidieux de cette propagande qui se diffuse dans la société en général et à l’école en particulier. Il n’y a (plus) que des « acteurs » impliqués dans des stratégies tellement « citoyennes » qu’elles n’ont plus rien de civique. Si bien que faute de reconnaître l’autonomie du subjectif et l’authenticité qu’elle suppose, il n’existe finalement plus de sujets. Car une telle existence impliquerait des interrogations sur l’assujettissement, c’est-à-dire précisément ce sur quoi la « Barbarie douce » opère un masquage qui est d’autant plus accentué qu’une certaine douceur prévaut (tout du moins dans le discours).

Le syndicalisme traditionnel se retrouve donc coincé et réduit au silence car il est bien difficile d’argumenter contre une logique qui individualise au nom du collectif. Ce type d’injonctions contradictoires est symptomatique d’une névrose sociétale et aboutit finalement à ce que N. Elias nommait « la société des individus » (laquelle société, bien sur, n’en est plus une car le lien social a bien du mal à se construire sur la base d’intérêts individuels). L’école, à l’image de la société, inaugure ainsi une forme d’anti-culture où la seule valeur reliant les individus est la croyance commune en l’individualisme égoïste.

Bien entendu, l’argument principal de cette « Barbarie douce » est la démagogie assénée un peu partout dans les médias et dans les discours des « responsables » politiques à base d’arguments réputés incontestables. La conséquence majeure de ce processus novateur est d’avoir fragilisé à l’extrême le syndicalisme enseignant. Celui-ci ne parvient plus à lutter efficacement et le gouvernement peut alors poursuivre tranquillement son travail de démolition du service public d’éducation. Aujourd’hui nous constatons que les formes traditionnelles de lutte (comme la manif) et les outils intellectuels de lutte (comme le marxisme) sont de moins en moins adaptés pour aborder le XXIème siècle et la révolution libérale.

Les libéraux sont en passe de gagner leur « révolution culturelle », le syndicalisme enseignant doit participer de toute urgence à l’élaboration d’une contre culture et à la construction d’un véritable front populaire antilibéral.

Le projet de SUD Education est de résister à ce processus d’individualisation. En pratiquant un syndicalisme autogestionnaire, et en prônant l’auto-organisation des luttes nous invitons tous les personnels de l’Education Nationale, les parents d’élèves, les lycéens, les étudiants, a entrer dans une résistance collective contre cette politique inique qui consiste à isoler les individus pour mieux les contraindre (et qui a pour nom, soit dit en passant, libéralisme économique !)